lundi 4 décembre 2017

Propos d'un ancien du SDECE

 
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L'mpasse de la Corée du Nord.

1) La situation générale.

La Corée du Nord a l'arme nucléaire.
Elle possède aussi les vecteurs lui permettant de frapper à peu près partout dans le monde. Actuellement, ses capacités en sont encore au stade de la mise au point ; dans un court avenir, elles seront opérationnelles.
Ce jour-là, elle aura fait son entrée dans le club des puissances nucléaires mondiales.

Ce jour-là aussi, la Corée du Sud et le Japon seront amenés à suivre son exemple pour leur survie ; l'Iran sera « moralement obligé » de reprendre ses essais nucléaires militaires ; l'Arabie Saoudite voudra elle aussi l'arme atomique, l'Afrique du Sud aussi, …

Le nombre de puissances nucléaires, qui était de 5 durant la guerre froide (USA, URSS, GB,France, Chine), est aujourd'hui de 8 (Israël, Pakistan, Inde) ; il sera demain de 14.

Or, la prolifération des armements militaires fait courir des dangers mortels à la paix.
Durant la guerre froide, les États-Unis à eux seuls ont reconnu 7 accidents aériens avec des armes nucléaires à bord, entraînant souvent la mise à feu des charges non nucléaires, 10 armes nucléaires ont été perdues en mer, 7 sous-marins soviétiques lanceurs d'engins nucléaires, 2 américains et 1 britannique ont disparu.

En 1962, lors de la crise de Cuba, le sous-marin qui précédait la flotte soviétique fut soumis à une attaque américaine avec des grenades d'exercice.
Or, en plongée, il n'avait aucun moyen de savoir si ces grenades étaient réelles ou non.
La consigne, en cas d'attaque, était de tirer son missile nucléaire sur la flotte adverse.
Sur les trois officiers détenteurs à bord des clés commandant le tir, deux étaient favorables à cette décision ; un seul s'y opposa, et réussit à ne pas céder à la pression des deux autres …

Le 11/09/1979, à trois heures du matin les écrans américains perçoivent des échos qui sont interprétés comme une attaque massive de missiles soviétiques.
Les dispositifs de riposte (silo et B52) sont mis en alerte, le Président des USA est réveillé, l'ordre de tir n'est pas donné (on ne sait pas pourquoi)...

En 1980, une panne informatique déclenche deux alertes nucléaires à 3 jours d'intervalle.


Ainsi, entre 1944 et 1993, en moins de cinquante ans, les 4 puissances nucléaires de l'époque ont connu une trentaine d'accidents ou d'incidents, qui auraient tous pu causer des explosions nucléaires fortuites, et 3 ou 4 d'entre eux ayant failli déclencher des tirs massifs de riposte nucléaire.

Combien d'incidents de ce genre y aura-t-il dans les cinquante prochaine années dans un « club » nucléaire de 14 membres ?

Quelle est la probabilité, dans ces conditions, d'atteindre l'an 2050 sans déflagration généralisée ?

A mon avis, elle est inférieure à 10%...

2)La situation américaine.

a) Pour les États-Unis, tolérer l'accession de la Corée du Nord dans le club des armées nucléaires, c'est mettre en péril l'avenir de la planète.

Vis à vis de la Corée du Nord, les USA sont responsables de la sécurité de leurs alliés, principalement Coréens du Sud et Japonais.
La tentation est grande pour eux d'intervenir militairement à titre préventif.
Une intervention « classique », qui serait assez soudaine pour empêcher toute riposte nord-coréenne, nécessiterait l'usage simultané de 1500 tomawaks tirés par une flotte de plusieurs dizaines de bâtiments.
(Lors de la guerre contre Khadaffi, 117 tomawaks avaient été tirés par cinq sous-marins). L'acheminement d'une telle flotte n'a aucune chance de passer inaperçue.
Sa découverte entraînerait à coup sûr une action préventive de la Corée du Nord vis à vis de la Corée du Sud, du japon et de la flotte américaine.
D'autre part, la Chine et la Russie interviendraient très vraisemblablement dans la confrontation.

b) Une intervention « nucléaire » ne serait pas adaptée, car si les explosions avaient lieu en altitude, les dommages à la population civile seraient certes considérables, mais les « batteries de tir » bien abritées seraient en mesure de riposter avec beaucoup d'efficacité.
Les dommages infligés au Japon et à la Corée du Sud seraient d'une gravité insupportable.
Si les explosions avaient lieu « au sol », l'armée nord-coréenne pourrait ne pas être en mesure de répliquer, mais les dégâts collatéraux déclenchés par la pollution impacteraient tout le Sud-Est asiatique, et peut-être de nombreuses autres régions de la planète.

3) Recherche d'une solution.

Si la prolifération nucléaire continue, à court terme (quelques dizaines d'années au maximum), elle entraînera un conflit atomique généralisé qui mettra en péril l'avenir de l'humanité.
Même en maintenant le statu quo actuel, le même dénouement sera inévitable ; il sera seulement différé un peu plus longtemps.

D'autre part, en toute équité, de quel droit des pays peuvent-ils interdire aux autres de posséder des armes qu'eux-mêmes ont acquises ?

La seule solution serait d'interdire à TOUS les pays la possession d'armes atomiques.
Ce n'est pas utopique, ce que l'on a réussi à faire pour l'arme chimique (les gaz de combat) doit pouvoir être fait pour l'arme nucléaire.

Évidemment, les mentalités et les intérêts ne sont pas encore prêts à cela.

Il faudra sans doute le début d'une bataille navale au large de la Corée, et des dommages collatéraux sur les pays voisins pour que l'opinion mondiale s'émeuve et oblige les dirigeants des grandes puissances à prendre des décisions qui leur répugnent.

Ce jour là, Kim Jung Un et Donald Trump feront peut-être figures de sauveurs de la planète.

Hervé Le Bideau

04/12/2017
hervelebideau


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